Filigrane de l’amour

TU ES clair et beau comme le jour, simple comme le bonjour, nu comme la main. Tu es l’espace et le temps rendus sensibles au cœur. Les poètes disent que tu n’as point d’âge, que tu es un silence assourdissant. Te rencontrer, c’est magique. On a la certitude naïve d’être à l’abri des problèmes. L’absence ni le temps ne sont rien quand tu es là. Ton heure est celle du sourire. Être avec toi, c’est trouver sa richesse hors de soi.

Tu remues le monde et tu agites les cœurs des hommes et des femmes, sans explication. Tu deviens leur soleil. Tu es le miel de leur vie, le rêve de leur vie. Tu es ce qu’ils ont de plus sérieux sur cette terre. Tout le monde parle de toi. Et, à force, les gens croient devenir comme toi.

T’accompagner, c’est surtout te comprendre, c’est regarder avec toi dans la même direction. Mais t’avoir comme soleil, c’est aussi n’avoir plus droit au soleil de tout le monde. 

En fait, peu de gens t’ont vu. Ou, s’ils t’ont vu, tu les as rendus aveugles. Quand tu les tiens, ils peuvent dire : Adieu prudence. Ta lame est cachée parmi tes plumes et elle peut blesser. Tu enivres leurs sens, attendris les cœurs ; tu t’empares de toute leur existence. Tu es une vapeur qui va du cœur à la tête, et rend frénétiques ceux que tu as attrapés.

 

LE RISQUE de te rencontrer, je ne l’avais jamais pris, comme ça je n’étais jamais emporté par la vague. C’est la solitude qui m’a préparé à toi. Tu n’as pas brisé ma solitude, c’est la solitude qui a permis notre rencontre.

Je t’ai suivi quand tu m’as fait signe et bien que le chemin soit rude, j’ai cédé quand tes ailes m’ont enveloppé. J’ai refermé sur toi mes bras et j’en ai tremblé.

Comme le ciel et l’eau qui se confondent sur l’océan, nous fusionnons toi et moi. Nous partageons tout. Au matin d’une nuit partagée avec toi, la couleur du jour s’appelle bonheur. C’est une couleur très rare, mais qu’il est possible de reconnaître dans l’éclat de nos yeux. Trop de toi n’est pas encore assez de toi. Tu t’es entièrement emparé de mon être.

 

SI TU AS ETE le premier des plaisirs, l’âge ne me protège pas de tes dangers. Tu deviendras un jour la plus douce de mes erreurs. Je ne suis pas robe ou costume prêt à porter, mais une pièce d’étoffe à tailler, à monter et à coudre.  Aujourd’hui, je suis devenu ta poupée. Je sais que tu es un grand enfant et que, las de ton jouet, un jour tu pourrais me briser triomphant. Ensuite, tu voltigeras, inconstant, comme le papillon de rose en rose.

Tu n’as aucun droit sur moi, seulement le devoir de me respecter.

Nous n’aurions pu durer que si chacun de nous deux avait connu le prix de cette union, et il eût mieux valu le payer d’avance, pour éviter de régler l’addition a posteriori. Il y a ceux qui durent et ceux qui s’évanouissent comme le un vent murmure dans les rosiers, avant de tomber. Nous aurons été comme un cristal qui se brise en silence.

Attention, m’offrir ton amitié, serait comme donner du pain à qui meurt de soif.

 

IL FAUDRA ATTENDRE que ma joie revienne et que se meure le souvenir de nous, de tant de peine qui n’en finit pas de mourir. Avant de recommencer, il faudra attendre que ma joie revienne, qu’au matin je puisse sourire.

TLB 2021

Contrainte de l’OuLiPo, le filigrane consiste, à l’origine, à sélectionner dans un dictionnaire de référence, un certain nombre de locutions contenant un mot donné. Il faut effacer le mot dans chaque locution et construire un court poème avec ce qui reste. J’ai décidé d’en faire un texte en croisant les citations et en opérant plusieurs réaménagements successifs.

J’ai utilisé les citations de François de La Rochefoucauld, Blaise Pascal, Jeanne Moreau, Oscar Wilde, Jean de La Fontaine, Jacques Prévert, Alfred de Musset, Alfred de Vigny, André Frossard, Pierre Choderlos de Laclos, Marcel Jouhandeau, Beaumarchais, Alain, Victor Hugo, Julien Green, Khalil Gibran, Françoise Sagan, Louis Aragon, Antoine de Saint Exupéry, Marcel Proust, Honoré de Balzac, Alphonse Karr, Jacques Salomé, Natalie Woillez, Louis-Philippe de Ségur, La marquise de Lambert, Karl Joseph von Firmian, John Gray, Christine Angot, Michel Quoist, Jacqueline Kelen, Serge Gainsbourg, Knut Hamsun et Barbara

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